Les différentes techniques de marcottage
Pratiqué depuis l’Antiquité par les jardiniers les plus expérimentés, le marcottage est une des trois grandes méthodes de reproduction des plantes avec le semis et le bouturage.
Alors qu’elle est simple à mettre en œuvre et offre un haut taux de succès, elle est, étrangement, la moins connue.
Dans cet article nous vous en disons plus cette technique.
Marcottage, bouturage, semis, les trois méthodes de reproduction des plantes
Le semis
Le semis consiste à planter en pleine terre ou en pot les graines émises par la plante que l’on souhaite multiplier.
Méthode la plus connue et la plus répandue, elle a le mérite de la simplicité dans son principe et de requérir peu de matériel.
Elle offre cependant un taux de succès très aléatoire dès que l’on sort des sentiers battus. Qualité et fraîcheur des graines, température de l’air et du sol, gestion de l’eau sont autant de facteurs d’échec, notamment dans la culture des plantes tropicales. Certaines variétés relèvent de la gageure (Ylang ylang, Arbre à curry, Arbre du voyageur…), d’autres de « l’impossible » (Mangoustanier…).
Le bouturage
Le bouturage consiste à couper un morceau d’une partie aérienne de la plante à reproduire, (généralement une tige ou une branche, mais cela peut également être une feuille pour certaines plantes), et le faire s’enraciner. Parfois l’enfoncer simplement aux deux tiers dans un substrat drainant peut suffire, parfois il faudra le faire tremper dans de l’eau jusqu’à apparition de petites racines, avant de le transplanter dans le substrat.
Cette méthode donne de très bons résultats avec certaines variétés, chez les Plumerias notamment. Elle offre l’avantage de reproduire exactement la plante d’origine et supprime le caractère aléatoire de la couleur de floraison. De plus, la floraison aura lieu beaucoup plus rapidement que dans la méthode de propagation par semis.
En revanche, le bouturage présente de forts inconvénients. Tout d’abord, au niveau génétique et donc pérennité de l’espèce. En effet, le nouveau pied n’étant pas le fruit de deux plantes différentes, donc de mélange de deux ADN différents, elle est, à terme, facteur d’appauvrissement génétique. Cet appauvrissement signifie que la plante ne bénéficiera pas des mutations aléatoires ayant lieu lors de la fécondation, qui leur permettent d’évoluer en fonction de leur environnement, et ainsi de pouvoir, par exemple, devenir plus résistant à une maladie, ou de développer des stratégies de lutte contre les prédateurs…
Un autre inconvénient est que les pieds obtenus sont souvent plus fragiles, surtout dans leur jeunesse. Le réseau racinaire met beaucoup plus de temps à se développer, d’où un risque accru de mort prématurée.
Le marcottage
Le marcottage, quant à lui, consiste à enterrer une partie de la tige d’une plante, mais sans la séparer du pied mère que l’on souhaite reproduire. La méthode est déjà décrite par Caton l’Ancien au IIème siècle avant Jésus Christ.
On va enterrer un bout de tige, mais en veillant à ce qu’elle ressorte bien de la terre et continue sa croissance normalement. La partie au contact du substrat va émettre des racines, puis une nouvelle tige qui portera des feuilles. On pourra alors tout simplement couper pour la séparer du pied mère ! Ce phénomène de développement de racines est appelé rhizogenèse
Les différentes techniques de marcottage
Le marcottage simple (ou marcottage par couchage)
Principe
Le marcottage par couchage est idéal pour les plantes aux tiges souples, qu’il est aisé d’arrondir sans les casser. En pleine terre, elle intervient généralement entre mars et mai, en fonction des régions.
On plie une tige souple jusqu’au sol, on enterre une portion (en laissant l’extrémité à l’air libre), puis on maintient avec un crochet.
Après quelques mois, une fois de solides racines obtenues, la pousse sera séparée de son pied mère et plantée en pot ou directement en pleine terre.
Il existe une variante le marcottage en en pot, au lieu d’enterrer dans le sol, on place un pot rempli de substrat sous la tige à enraciner.
Plantes concernées :
Clématites, rosiers grimpants, chèvrefeuilles, jasmins, passiflores…
Avantages :
✔ Très simple
✔ Taux de réussite élevé
Inconvénient :
– Limité aux plantes à tiges souples
En serpentau
Principe
Le marcottage en serpenteau est une variante du marcottage par couchage. Une tige longue et souple est enterrée à plusieurs endroits successifs au lieu d’un seul. Chaque portion enterrée émet des racines.
Plantes concernées :
Vignes, glycines, lierres.
Avantage :
✔ Permet d’obtenir plusieurs plants en une seule opération.
Aérien
Principe
Le marcottage aérien est particulièrement adapté aux plantes à tiges rigides. On incise une tige, on entoure la zone blessée de mousse humide (sphaigne) et de terreau que l’on maintien grâce à un film ou un sac plastique maintenant une hygrométrie appropriée. Les racines se forment dans la poche de substrat.
Une fois celles-ci bien développées, on coupe le nouveau plan obtenu.
Plantes concernées :
Plantes tropicales (ficus, monstera, dracaena, croton), agrumes.
Avantage :
✔ Idéal pour les plantes d’intérieur
✔ Permet de rajeunir une plante devenue trop grande
Le marcottage par buttage ou en cépée
Principe
Le marcottage par buttage convient aux arbustes touffus, aux branches courtes et cassantes. En premier lieu, il s’agit de tailler court l’arbuste, à 20/30 cm du sol puis de « butter » le sujet : c’est-à-dire ramener de la terre pour enterrer les rameaux de moitié. On termine par un arrosage copieux pour éviter les poches d’air autour des branches.
Le marcottage en cépée peut s’effectuer pendant toute la période de végétation. Le sevrage a lieu l’hiver ou le printemps suivant.
Avantage :
✔ Permet d’obtenir beaucoup de plants en une seule opération.
Testez avec les cognassiers à fruits et à fleurs, les bruyères, la caseille, le cassissier, le groseillier, le lilas, le noisetier, la sauge, le seringat, le thym, les véroniques arbustives (Hebe)…
Le marcottage naturel
Certaines plantes marcottent naturellement, comme les fraisiers avec leurs stolons, qui émettent des racines dès qu’ils touchent la terre et produisent un nouveau fraisier. Mais certaines plantes tropicales sont plus surprenantes, comme notre Pollia condensata, la merveilleuse Baie de marbre. Elle part à la recherche d’un endroit où s’implanter en émettant de longues tiges, c’est une colonisatrice très efficace ! Dans notre serre, elle a ainsi trouvé d’autres pots à portée de tige et a d’elle-même fait émettre de solides racines au contact de leur terre, qui lui permet de s’y installer avec fermeté. Lorsqu’elle s’estime suffisamment bien installée et enracinée, elle émet une nouvelle tige depuis le nouveau pot sur laquelle elle va développer ses feuilles, et la tige initiale continue ses recherches pour de nouvelles installations. Il ne vous reste plus qu’à couper entre les pots pour en faire de nouvelles plantes parfaitement viables !
Le marcottage, moins connu, est pourtant un mode reproductif beaucoup plus fiable et avec un taux de réussite bien meilleur que le bouturage.
A l’approche du printemps, pensez-y !